Madagascar 2010

 

L’interruption familiale et professionnelle irlandaise n’a pas empêché Mada 2010 de voir le jour, in extremis en décembre. Pour la sixième année consécutive donc, petit séjour rapide (opportunément rallongé de 24h du fait des intempéries parisiennes) pour essayer de continuer à tisser des liens avec la pneumologie malgache. Séjour dans la continuité des précédents donc, avec néanmoins un coté moins « franc tireur » et plus collectif à travers Soutien Pneumologique International (SPI).

 

1 L'enseignement

2 L'oxygène

3 Facteur

4 Contacts
 

L'enseignement

Temps fort de cette année. Pierre L’Her, Chantal Raherisson (professeur de pneumologie à Bordeaux, dont le père est de Fianarantsu) et moi avons proposé une semaine entière de cours, principalement axée sur la tuberculose et l’interprétation de la radio de thorax mais aussi sur les pneumonies infectieuses, l’asthme, la BPCO, le VIH et même le SAS. Ce cours est le second organisé par SPI. L’idée est de passer par le programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) pour former des médecins de terrain aux pathologies respiratoires.
Un peu comme en France notre spécialité au siècle dernier est passé de phtisiologie à pneumo-phtisiologie puis à pneumologie, les médecins des centres de diagnostic et de traitement (CDT) spécialisés dans la lutte antituberculeuse sont amenés à voir des malades qui toussent, crachent et s’essoufflent et donc font de la pneumologie sans le savoir même s’ils n’ont initialement jamais été formés pour. Améliorer leur connaissance parait tout à fait judicieux.


A Madagascar le programme tuberculose existant depuis plusieurs décennies fonctionne correctement. Il existe près de 200 CDT sur le territoire, intégrés aux autres structures (centres hospitaliers régionaux, centre hospitaliers de districts, dispensaires,…). Ils forment un réseau solide, centralisé à Tana. Le PNLT a été dirigé pendant plusieurs années par Bertrand Cauchoix, qui succédait au Dr Guy Aurégan, de façon exemplaire. Les résultats statistiques sur plusieurs années nous ont été présentés et j’ai été impressionné par la qualité du réseau et de son travail. Bertrand Cauchoix, qui a une connaissance importante du pays, travaille actuellement pour la Fondation Raoul Follereau, avec mission de conseiller auprès du PNLT. Sa tâche est parfois difficile dans la conjoncture politique actuelle du pays.


Donc, sur les 200 CDT, une soixantaine a accès à la radio et c’est parmi les médecins de ces 60 CDT amenés à lire des radios qu’une trentaine a été invitée cette année a suivre la semaine de formation proposée par SPI. (En octobre 2009, du congrès de la Société de Pneumologie de Madagascar, une première « fournée » de 30 avait bénéficié d’une même série de cours, dispensés par Pierre et une agrégée malgache, le Pr Rondro). Ponctuels, attentifs, participatifs, désireux d’apprendre et de partager leur expérience de terrain, l’échange avec ces phtisiologues fut, de mon point de vue, de grande qualité. Il faut dire que les cours l’étaient aussi (je parle de ceux de Pierre et de Chantal !) !


On a profité de ces cours pour remettre à certains d’entre eux des outils de « pneumologue » : Débit Expiratoire de Pointe, mini-spiromètres et pour certains même des Oxymètres de pouls.


Cette expérience d’enseignement dans un cadre bien structuré, nouvelle pour moi à Madagascar, a certes quelques contraintes (dates à choisir à plusieurs, géométrie variable du groupe,…) mais me parait plus efficace que mon attitude « free lance » habituelle. Si, en montagnard, on compare notre objectif a un sommet à atteindre, SPI parait le « juste milieu » entre d’un coté celui qui voudrait inconsciemment monter en solo et de l’autre coté la grosse expédition avec sherpa, camps de base et compagnie. SPI serait l’approche qu’en alpinisme on appelle la « technique alpine », légère mais structurée.
Pierre, président fond

ateur de SPI, envisage de poursuivre ce type de semaine de cours au moins une fois par an, avec intercalé des actions de compagnonnage dans différents hôpitaux. Cette année cela fut fait bénévolement, mais il n’exclut pas à l’avenir un financement par une instance internationale comme cela existe pour SPI au Laos par exemple.

L'oxygène

Rémi Rafton remplace à la tête de la SOAM (Air Liquide malgache), Farid Benmansour, qui part à Dubaï. Nous les avons rencontrés tous les deux un soir avec Pierre, ce qui a été l’occasion de faire le point sur l’avancement des projets de centrale à oxygène (extracteurs géants) à travers le pays, notamment à Tamatave pour lequel ils nous avaient élaboré un devis. On apprend que :
●   la seule centrale installée sur le territoire est une centrale chinoise qui produit à Tana de l’O2 à 93% pour proposer des bouteilles beaucoup moins chères que la SOAM.
●   ils envisagent très sérieusement, du fait des besoins de l’exploitation de mines de nickel dans le coin, de fabriquer de l’oxygène liquide à Tamatave, ce qui ne simplifierait pas forcément la situation pour l’hôpital…
●   ils ont répondu à l’appel d’offre de centrale pour l’hôpital militaire. Air liquide France a en effet testé plusieurs centrales et retenu le modèle danois d’Oxymat, Floxal. Aucune décision n’a été prise finalement, comme souvent et particulièrement en cette période politique trouble à Madagascar, mais cela montre qu’Air Liquide est en train de prendre le virage des centrales PSA de production d’oxygène sur site.
●   un programme de 9 hôpitaux financés et construits par les chinois aurait été promis dans le cadre des promesses préélectorales. Le réseau d’oxygène ne serait pas prévu dans les plans…
●   il y a peu d’espoir qu’ils financent à travers leur fondation un projet comme le notre car cette fondation s’occupe de projets éloignés de leur métier tels que le développement de fours économes en bois pour lutter contre la déforestation ou l’encouragement de la pisciriziculture…
Donc, en 18 mois la situation n’a pas beaucoup avancé, mais Pierre doit la semaine prochaine se rendre sur place à Tamatave pour évaluer la faisabilité d’une petite centrale (dans nos moyens ?) pour le service de pneumologie, qui est excentré par rapport aux bâtiments principaux.
 

Facteur

Comme tous les ans je profite de mon passage pour jouer au facteur pour le compte de MAP mais aussi dans d’autres cadres :
●  visite des sœurs de Tsaramasai d’où Yolaine est partie. C’est donc sœur Francine qui lui succède a qui j’ai remis une belle somme de la part d’une famille voisine et amie, fidèle dans le soutien qu’elle apporte à cette école des rues
●  remise de la part de MAP de courrier et de 200€ à Viviane à Sambaine
●  remise de 5 ou 6 kg de livres et de 190€ de la part de MAP à Vola à Tana
●  achat et remise à Miary, pneumologue venue en stage de fibroscopie à Perpignan il y a 4 ans, d’un ordinateur portable
●  apport, avec Emmanuel qui venait pour la 3eme fois chez Louise Vassail de matériel divers notamment un microscope, un ordinateur et 200 paires de lunette qu’il a récolté dans son laboratoire près de Compiègne
  

Contacts

Hormis la rencontre trop courte avec le Dr Christian Cauchoix, les échanges avec Pierre L’Her dont la vie est passionnante, ce séjour fut l’occasion de plusieurs contacts, nouveaux ou renouvelés :
●  Retrouvailles avec Louise qui travailla avec Emmanuel et nous hébergea gentiment quand notre avion de retour eut 24h de retard . Elle nous fit notamment visiter l’école qu’elle est en train de faire construire dans son village et qui s’appellera « nid de l’esprit ». On parla aussi politique avec le développement de son réseau « braise » d’opposition.
●  Dr Patrick est un nouveau médecin militaire collègue de Miary et de Hervé et à qui il aimerait succéder à Perpignan pour un stage de 6 semaines de formation à la fibroscopie bronchique. Il a l’air jeune et dynamique mais les fibroscopes de l’hôpital sont « en panne », 2 nouveaux sont prévus mais ne sont pas encore arrivés... Peut être que son séjour devrait être organisé en 2012 plutôt que 2011 pour que sa formation soit « utilisable » à son retour…
●  Les cours furent l’occasion de recroiser le Pr Ange et de faire la connaissance de Pr Rondro de Majunga
●  On passera avec Emmanuel et Louise à la caserne de Mandjakandrine où le colonel Damasi a été remplacé, ce qui est plutôt encourageant, et où l’infirmerie est toujours aussi malingre, ce qui est plus décourageant. Un des 59 extracteurs apportés en 2008 a fini chez eux et est toujours opérationnel
●  Visite à l’hôpital militaire de Tana où je croiserai le chef de service (Colonel Daniel) et reverrai Miary et Hervé à qui je donnerais des nouvelles de Médipole. Je leur remettrais une vingtaine de traitements inhalés.
●  La famille Palis m’a accueilli une soirée. Amis d’amis ils sont depuis 3 ans à Tana en famille et travaillent dans le monde de l’entreprise, ils ne sont pas « expats » et ont un regard de l’intérieur sur l’économie malgache qui d’après eux est depuis « les évènements » de 2008 en très mauvaise posture, les bilans des entreprises étant presque tous négatifs en 2009 et 2010. L’occasion aussi pendant la soirée de lister les bienfaits pour les enfants de ces années hors des sentiers battus.
●  Hélène Benz que j’avais croisé pendant les années lycée, et son mari Olivier sont chercheurs pour le CIRAD avec une tendance autant sociale qu’agricole. Ils sont eux aussi depuis près de 3 ans ici en famille et ont un regard presque de « sociologues » sur les malgaches. Ils me donnent des adresses éventuellement utiles (SCACambassade de France sante alaincarignon@blueline.mg 0325308367 ; Pasteur épidémio Vincent Richard vrichard@pasteur.mg 0202241272 IPM maladie infectieuse) et ont une cuisinière qui fait un très bon roumazave !